Dans un livre daté de novembre 2024, Qui est Mélenchon (1) – sans point d’interrogation -, Julien Dray, fondateur de SOS Racisme et ancien député socialiste, révèle que déçu de ne pas avoir été reconnu leur leader par les Gilets Jaunes en 2019, Mélenchon a opéré un tournant radical, choisissant de s’adresser désormais à la “nouvelle France” communautaire des “racisés”, contre les “ouvriers blancs”, qui seraient d’après lui “racistes” et votent Rassemblement national. Lors de la défaite spectaculaire de Jospin en 2002, Mélenchon, alors son ministre, avait déjà claqué la porte du PS, où il dirigeait le courant Gauche socialiste avec Dray, sans donner d’explication. Il fonde ensuite le Parti de gauche, prônant une alliance avec ce qui reste du PC. L’élection de Hollande en 2012 le pousse à amorcer ce tournant radical, rompant avec la politique d’alliance à gauche, pour fonder en 2016 “La France insoumise”, une “organisation gazeuse” selon Dray, sans structures internes ni débats sur la ligne politique. Deux événements majeurs la déterminent, décidée par lui seul : outre l’échec de la prise de contrôle du mouvement des Gilets jaunes, ce sont les pogroms d’un sadisme inouï perpétrés en Israël au pourtour de la bande de Gaza par les terroristes du Hamas le 7 octobre 2023, qualifiés le jour même par LFI d'”offensive armée de forces palestiniennes menée par le Hamas” (2). Pour ensuite dénoncer un génocide perpétré par l’armée israélienne à Gaza, dans son offensive pour éliminer le Hamas, déclenchant ainsi en France une campagne “antisioniste”, où tous les Juifs sont pris pour cibles, au nom d’une responsabilité collective. Entre délire, au sens propre du terme – la sortie du sillon creusé historiquement par le mouvement ouvrier -, et déclarations ambiguës, afin de flatter l’électorat communautarisé sous influence islamiste, tout en brassant plus large dans la perspective des présidentielles de mai 2027, on peut donc se demander si le politicien calculateur qu’est Mélenchon ne risque pas au mieux l’impasse et au pire le chaos et la guerre civile dans laquelle la France pourrait être plongée.
Selon Dray, il serait un sous-marin trotskiste, envoyé jadis par le dirigeant trotskiste Pierre Lambert au parti socialiste afin d’y grimper dans les structures, tout comme Lionel Jospin, devenu premier secrétaire puis premier ministre de cohabitation de Chirac. Il souligne d’ailleurs la présence du POI, le “Parti ouvrier indépendant”, successeur de l’OCI, “Organisation communiste internationaliste”, fondée par Lambert, à chacun des tournants majeurs de l’aventure mélenchonienne. Fils d’immigrés Juifs russes, de son vrai nom Pierre Boussel, Lambert était une éminence grise de la vie politique française, influent dans les syndicats et les partis de gauche, notamment au PS, et dans la franc-maçonnerie, toutes organisations où ses disciples d’une des branches les plus disciplinées du trotskisme français pratiquaient un entrisme systématique. Certains à l’époque leur prêtaient d’ailleurs déjà des comportements fascisants. Lorsque Mélenchon fonde le “Parti de gauche” après sa rupture avec le PS, Dray observe : “curieusement, quel est le parti présent officiellement à cette occasion ? Le Parti ouvrier indépendant. Pourquoi ? Eux-seuls le savent”. Et lors du tournant radical de 2023, après le 7 octobre, la stratégie d’identification de la guerre d’Israël contre le Hamas à la guerre “impérialiste” des USA contre le Vietnam, est élaborée par Mélenchon, avec à nouveau ses partenaires du POI. Et Dray de poser la question : mobiliser aujourd’hui une jeunesse contre Israël, comme hier contre les USA “une jeunesse qui s’identifiait hier au FLN vietnamien, avec une promesse de socialisme, une jeunesse qui s’identifierait au Hamas, avec une promesse de quoi au juste ?”
Il précise d’ailleurs qu'”à l’origine de ce tournant, se trouve un homme, Ygael Gluckstein, dit Tony Cliff, né en Syrie en 1917, qui s’installe en Grande-Bretagne en 1947, où il fonde sa propre organisation, le SWP, Socialist Workers Party, qui continue à se réclamer du trotskisme”. Après la Guerre des six jours, “il pose les fondements de sa démarche : ‘alors que les Juifs étaient les victimes, les éléments marginalisés de l’Europe au Moyen-Orient aujourd’hui, les Arabes sont les laissés-pour-compte, les Israéliens sont les privilégiés et des oppresseurs, des alliés de l’impérialisme'”. Le SWP deviendra par la suite “le centre théorique de l’alliance avec les islamistes en 1994, grâce à la publication d’un autre dirigeant du SWP, Chris Harman, d’un texte fondateur pour cette appétence pour le nationalisme islamiste : “Le prophète et le prolétariat” (3). Pour son auteur, “l’islamisme est une idéologie, qui bien qu’elle fasse appel au traditionalisme, cherche à transformer la société, non à la conserver en l’état”. Dès lors, “il existe une opportunité à saisir dans ces mouvements et il faut donc les accompagner pour espérer les voir un jour nous reconnaître non comme leurs amis mais comme leurs alliés”. Selon Emmanuel Razavi, spécialiste de l’Iran, “Chris Harman s’était particulièrement intéressé à la révolution islamique iranienne de 1979, lors de laquelle islamistes et mouvements d’extrême gauche s’étaient alliés, avant que Khomeini, une fois au pouvoir, ne fasse exécuter les islamo-marxistes et les communistes qui l’avaient soutenu” (4). Harman est donc le théoricien amnésique de l’islamo-gauchisme, inspirant le nouveau cours de LFI imposé par son leader, sans se préoccuper du destin de l’extrême-gauche iranienne, auquel ainsi elle s’expose.
Dray ajoute : “une fois le pouvoir de Khomeini assis, les dirigeants de la République islamique ne marquent aucune reconnaissance vis-à-vis des communistes du Toudeh et des deux organisations trotskistes, l’une proche de la LCR, la Ligue communiste révolutionnaire, l’autre proche de l’OCI lambertiste. Tous les dirigeants et militants sont arrêtés, emprisonnés, assassinés. Mais cette leçon de l’histoire, les amis de Mélenchon n’en ont cure. Au contraire, ils se pensent plus malins que cette génération de militants ouvriers iraniens liquidés en quelques mois. Ils persistent dans cette voie, certains que les alliés islamistes reverront l’ascenceur lors de la présidentielle (pourquoi pas ?)”.
Plusieurs choses peuvent expliquer la façon dont Mélenchon a réussi à imposer cette ligne : sa personnalité, son étrange parcours politique et la structure de son “mouvement gazeux”. Selon Dray, lui-même issu de la LCR, autre branche du trotskisme, qui collabore avec lui à la direction de la Gauche socialiste à partir de 1986, c’est “un bon camarade, un type bien. Un bémol, il n’apprécie pas trop d’en passer par la décision collective, la démocratie interne, sa préférence pour un accord à trois ou quatre est claire : ‘Julien, on s’est mis d’accord, vous allez pas ergoter avec votre démocratie'”, cite-t-il. Lorsqu’il entre au PS, Mélenchon, “qui ne plaisante pas avec la vision de son rôle dans l’histoire”, ressent cependant que ses talents ne sont pas reconnus. Ce qui fait qu'”il ressemble à un frustré permanent. Amertume, humiliation, ressentiment, haine, rupture, vengeance. Ces mots reviennent souvent dans ses propos”, observe-t-il. Lorsqu’il quitte le PS, il refuse d’en parler avec lui et Marie-Noëlle Lienemann, autre dirigeante de la GS : “doté d’un ego hypertrophié, son avenir se dessine dans une autre galaxie. Le 21 avril met fin à ses projections”. Il se voyait en effet futur ministre de l’éducation nationale de Jospin. A ces traits de caractère s’ajoute le secret et le mensonge permanent auxquels l’oblige son infiltration lambertiste. Tout cela explique la façon dont il conduit sa politique. Lors du mouvement des Gilets jaunes, il demande à rencontrer Dray, qui lui propose de mettre en oeuvre “la technique trotskiste d’organisation d’un mouvement de masse informel”, ce que Mélechon refuse, “qui s’imagine que les Gilets jaunes vont se rallier à sa personne”. Et lorsqu’il fonde La France insoumise, il exclut d’en faire un parti structuré : “cela permet de sélectionner les cadres, de tester les uns et les autres dans leur fidélité au chef et aux ‘principes'”.
Le premier dérapage public de Mélenchon date d’ailleurs de 2018, lors de la perquisition menée au siège de LFI dans le cadre de l’enquête sur le financement de la campagne de 2017, à laquelle il s’oppose en hurlant “La République c’est moi !”, en compagnie d’autres députés lfistes. Le personnage avait été mis hors de lui par une première perquisition à son domicile le matin même, qui le surprendra en compagnie de Sophia Chikirou, de trente ans sa cadette, elle aussi impliquée dans des malversations. Il dément alors la liaison qu’on lui prête, qu’il finit par officialiser dans le meeting organisé en commun avec elle à la Mutualité, dans le cadre de la campagne des municipales, le 9 mars 2026. Chikirou, en vedette américaine, présente sa candidature pour la France insoumise à Paris, tandis que monsieur va présenter la sienne, avant tout le monde, à la présidentielle de 2027. Arriviste, Chikirou avait commencé sa vie politique au PS, avant de rejoindre Sarkozy dans le sillage de Jean-Marie Bockel, qu’elle quitte faute d’avoir été nommée tête de liste dans le 8ème arrondissement de Paris lors des municipales de 2008, pour finir directrice de com de Mélenchon.
Et c’est probablement en réponse au livre de Dray que Mélenchon bâtit son discours. Après la présentation de son programme, un catalogue d’idées reçues au vernis marxisant, la piètre oratrice qu’est Chikirou, émue, est saisie d’une extinction de voix lorsqu’elle laisse la parole à son homme, le chef, acclamé par la salle où s’agitent quelques drapeaux bleu-blanc-rouge, pour donner le change. Il commence par une série de dénégations, niant qu’ils soient, lui et son mouvement, antisémites, ni non plus complotistes, concernant notamment l’affaire Epstein, qu’il prononce ostensiblement “Epstine”, en référence à la lourde prononciation “Epstein”, aux relents très années trente, devant ses militants peu auparavant (5). Au passage il balaie d’un revers de main ce qu’il qualifie “d’affaire de Lyon”, puisque selon lui “il est démontré que nous avons raison et que c’était bien un traquenard tendu par Nemesis, qui doit être dissoute”, ordonne-t-il, déclenchant les applaudissements et les hurlements de la salle. Il s’agit de l’assassinat de Quentin Deranque, ainsi non nommé, venu protéger les militantes féministes qui protestaient contre la venue de la lfiste Rima Hassan, figure de proue palestiniste de LFI et députée européenne, à Sciences Po Lyon le 14 février dernier, par des nervis proche de la Jeune Garde, dont l’assistant parlementaire d’Arnault, fondateur de cette milice. Observons que Mélenchon s’avance, l’affaire n’ayant pas encore été jugée. Alors que six mises en examen ont eu lieu, dont celle de Favrot, assistant d’Arnault, avec détention provisoire. En attendant c’est la milice de LFI qui a été dissoute le 12 juin.
Il dénie ensuite être un “apprenti dictateur”, tel que le laisse entendre Dray dans le portrait qu’il dresse de lui, et fait état de “fake news” concernant sa fréquentation de Khomeini. Ceci pour répondre à la principale accusation de Dray sur son tournant stratégique post-7 octobre : “du premier jour où il est arrivé au pouvoir, je l’ai combattu, affirme Mélenchon. Alors à l’époque c’était pas à la mode, hein, j’en connais quelques-uns qui à l’époque disaient que c’étaient en quelque sorte les gauchistes de l’islam qui étaient au pouvoir là-bas. Ah ils ont dû changer d’avis entre-temps, mais moi j’ai toujours été clair, pour une raison qui n’avait rien à voir ni avec l’Iran ni avec l’islam mais qui a à voir en général avec l’idée qu’on se fait de l’Etat républicain : pas de religion en politique”. Un principe louable, conforme à la laïcité. Gageons cependant qu’il aura fort à faire avec ses alliés islamistes, pour qui les préceptes de l’islam prévalent sur ceux de la République. Observons toutefois qu’il parle au passé. A l’époque il était franc-maçon, au Grand-Orient, une obédience laïque qui ne lésine pas à “bouffer du curé” quand elle se couche devant les imams. Depuis, sa conception de la laïcité a changé, comme par exemple sa palinodie sur le fichu (6). Et dans la suite de son discours, Mélenchon multiplie les ambiguïtés, afin de flatter l’électorat communautariste tout en proclamant son attachement aux valeurs fondamentales de la République.
“Aucun Israélien ne mérite de mourir, aucun Iranien ne mérite de mourir”, assure-t-il la main sur le coeur, puis il se met à hurler “aucun Palestinien ne mérite d’être traité comme il l’est aujourd’hui”, déchaînant les applaudissements à tout rompre et les hurlements de la salle. Qui le désapprouverait ? Mais c’est aussitôt pour enchaîner : “on ne peut pas vaincre le peuple iranien pour la raison qu’il est là depuis trois millénaires”. On se demande alors s’il parle du régime des mollahs, qui a massacré les foules de manifestants descendues dans les rues de toutes les villes iraniennes les 9 et 10 janvier à l’arme de guerre, faisant des dizaines de milliers de victimes. Alors qu’en octobre, le depuis défunt Khamenei s’était adressé à la flottille pour Gaza, dirigée par la lfiste Rima Hassan, les félicitant d’être “du bon côté de l’histoire” (7). Non,ce sont les bombardements américano-israéliens que Mélenchon dénonce, qui visaient précisément le régime, accueillis avec joie par les Iraniens, guettant là l’occasion de se mobiliser à nouveau pour finir de le renverser. Mais Mélenchon n’en a cure. Jouant de l’ambiguïté il poursuit : “Et quand les impérialistes viennent et disent que la guerre qu’ils ont déclenchée va permettre de changer le régime, peut-être que ça peut leur permettre de changer la marionnette qui occupe le pouvoir, mais le peuple iranien, les femmes et les hommes qui ont là, eux, ils ne peuvent pas manifester sous les bombes”. Ah, Mélenchon serait donc du côté des manifestants de janvier ? Et bien non, “Nous nous honorons d’avoir rencontré les opposants de gauche, comme nous avons rencontré les opposants de gauche russes, ukrainiens, et nous portons le même message pour le futur de l’Iran : que ce soient les Iraniens eux-mêmes qui le décident : ‘Ni Schah, ni mollahs !'”. On se demande où il a rencontré des opposants de gauche iraniens, si ce n’est dans les rangs de la secte islamo-gauchiste de l’Organisation des moudjahidines du peuple iranien, qui est hébergée en France, comme l’avait déjà été Khomeini. Et que les foules des manifestants de janvier aient scandé “Vive le Schah !”, “Mort à Khomeini !”, “Mort à la république islamique !”, et brûlé des drapeaux du régime au centre duquel se trouvent le symbole de l’islam ne semble pas importer à ce grand démocrate. Alors que le prince Reza Pahlavi, lui, propose la convocation d’une constituante qui décidera du régime post-dictature théocratique, que ce soit une monarchie constitutionnelle ou une République parlementaire.
Autre ambiguïté dans ses opinions internationales, qui ne perdent jamais de vue les intérêts électoraux de LFI au plan local, sa position bancale sur le Liban. “Face au martyre du Liban, déclare-t-il, cette agression honteuse dont fait l’objet ce pays”, l’Europe et la France ne font rien. Alors que lui se vante d’avoir discuté avec le chef d’état-major de l’armée libanaise, Joseph Aoun, qui lui a montré “qu’elle n’était pas en état de protéger la frontière qui la sépare de ce voisin agressif”. “C’était le moment où il fallait aider le Liban à avoir une armée pour se défendre”, déclare Mélenchon. Contre qui ? S’il ne nomme pas Israël dans ce passage, il omet complètement le Hezbollah, financé, armé, dirigé par l’Iran des mollahs, comme instrument et de sa domination sur le Liban et de son entreprise de destruction d’Israël. Car ce qu’il prétend être une “agression” est en fait la réponse des forces israéliennes aux bombardements constants du Hezbollah sur le Nord d’Israël. Cette omission qui en dit long sur les choix stratégiques et politiques de Mélenchon, il la réitère en citant un autre élément du conflit au Moyen-Orient, l’événement qui l’a déclenché : l’ignoble massacre du 7 octobre 2023, qui constitue l’un des épisodes les plus atroces depuis les massacres de la seconde guerre mondiale, et particulièrement celui des Juifs par les nazis, auxquels étaient alliés les Palestiniens, via le mufti de Jerusalem Amin al-Husseini.
Il n’hésite alors pas à déclarer : “Ceux qui ont laissé faire le génocide à Gaza ne peuvent pas faire autre chose que de constater que le crime a engendré le crime parce qu’il était impuni et que dorénavant c’est tout Beyrouth qu’on est en train de bombarder et de détruire”. Qu’omet-il dans cette généalogie du crime ? Le 7 octobre, perpétré par le Hamas, également sponsorisé par les mollahs, ainsi que par le Qatar, que Mélenchon ne nomme pas plus qu’il ne l’a fait du Hezbollah. L’on sait donc maintenant qui sont ses alliés et quel est son but stratégique. Mais il n’hésite pas non plus à se réclamer du droit international, qui selon lui “a été détruit le jour où le génocide a commencé à Gaza, qui signifiait ce jour-là qu’il n’y avait plus de droit international”. Ce jour-là, c’est à dire le 8 octobre, à partir du moment où les Israéliens usèrent du droit légitime à se défendre, face à l’agression sauvage dont ils avaient été victimes la veille. Et non pas le 7 octobre, où non seulement le droit international mais toutes les normes de ce qui fait l’humanité ont été violés. Mais ça, Mélenchon n’en a cure. Seule compte pour lui la stratégie révolutionnaire qui va, enfin, le porter au pouvoir, à l’occasion de sa quatrième candidature à la présidentielle. Car, conclut-il sur ce point, “puisque vous m’applaudissez comme vous le faites sur tous ces sujets c’est que nous avons en commun la conscience du fait que les questions internationales, les questions globales, sont des questions locales qui nous concernent directement.
La stratégie politique de Mélenchon, un retour à ses origines trotskistes, pertinemment analysé par Dray, est en fait une stratégie de type léniniste : la guerre impérialiste qu’il dénonce provoquera inévitablement une crise économique, une déstabilisation de la société et un mécontentement général qui, s’il est pris en charge par un parti révolutionnaire, provoquera le renversement de l’ordre qui y avait conduit. La guerre provoquée par les USA de Trump contre l’Iran, non seulement “plombe toute l’économie de l’Asie”, mais “ils préparent la guerre avec la Chine” observe Mélenchon. “La conséquence, prévoit-il, c’est que bien sûr pour toute l’Asie le pétrole qui sortait d’Iran pour y aller n’ira plus, donc tous les prix vont monter. Certaines fournitures ne pourront plus être faites tout simplement parce qu’il n’y a pas de pétrole pour faire circuler les bateaux. Il va y avoir des carences et on va apporter forcément de l’inflation. C’est la raison pour laquelle les tensions entre les classes sociales vont se durcir”. C’est le moment révolutionnaire, dont doit se saisir le parti qu’il a créé pour cela. “Nous sommes dans une circonstance extraordinaire, martèle-t-il, qu’est-ce que vous voulez de plus extraordinaire qu’une guerre qui vous prive de vos livraisons ? Voilà pourquoi tout ça se tient, et dans cette tension qu’il va y avoir, quand les gens vont commencer à dire ‘comment je m’en sors vu ma paye qu’augmente pas et vu les prix qu’augmentent’ (sic). Quand ils vont commencer à se dire ‘alors il est peut-être temps de commencer à partager autrement. Comment tu l’appelles le gars qui dirige Total, et l’autre là-bas, qui c’est, ça va pas se passer comme ça !”
Là Mélenchon est dans la pure logique de la lutte des classes, qui nécessite un parti révolutionnaire pour la mener à bien : “à ce moment-là, la masse immense du peuple, s’envole-t-il sur un ton épique, a besoin de son outil, vous le savez tous, sinon vous ne seriez pas là. Et cet outil porte un nom : LFI, insoumis, qui ne cède pas, profère-t-il, battant l’air de ses poings et déclenchant les hurlements de la salle, et qui mène la bataille ! Si vous n’avez pas les insoumis vous n’avez plus rien, vous êtes tout seuls, isolés, chacun dans votre coin”. Et il conclut sur ce point : “Voilà ce que nous avons construit, nous tous précise-t-il, pas seulement nous là, dit-il en désignant le staff de LFI qui l’accompagne sur scène, mais nous tous, déclare-t-il en désignant la salle”. C’est ici clairement une réponse à Dray qui définit LFI comme un “mouvement gazeux”. Le fait est que le staff qu’il exhibe n’est pas un bureau politique, élu en congrès des représentants des militants, sur la base d’une discussion collective, mais ceux qui ont été adoubés par le chef, contre accord avec la ligne politique qu’il a lui seul décidée. Une ligne politique sectaire, qui refuse l’unité avec les autres partis de gauche, ou qui l’impose à ses conditions. Car, poursuit Mélechon, “c’est ça la trouille qu’ils ont, c’est qu’ils savent qu’on sera là et qu’on ne cédera pas. Et eux ils se préparent, eux ils ont réussi à faire l’union entre eux, idéologique, qui va de l’extrême-centre à l’extrême droite, pour prouver que Pétain est un grand militaire et Maurras un grand intellectuel, qui sont deux voyous traîtres à la patrie antisémites et assassins”.
Il est là en plein délire. Désignant ainsi l’adversaire, “il nous faut dans cette élection un front unique antifasciste” pour le combattre, déclare-t-il, ce qui revient à qualifier de fascistes tous ceux qui refusent l’unité avec lui. Ce qui ne l’empêche pas de revenir à la cuisine électorale dont ce tacticien connaît toutes les ficelles, taclant le PS dirigé par “cet immense stratège qu’est Olivier Faure” ironise-t-il, qui propose le désistement du mieux placé à gauche au second tour. Ce qui reviendrait au cas de figure de 2020, où Macron a bénéficié du “tout sauf Marine Le Pen” lancé par Mélenchon. C’est pour éviter cela qu’il veut imposer pour 2027 ce “front uni antifasciste”, dans le contexte où “ce qui fédère tout le monde en face de nous c’est la haine des insoumis, ils ont raconté partout qu’on était des antisémites, des violents, que les antifascistes étaient tous des assassins”. Alors que “le seul vote utile à cette élection, c’est le vote insoumis quand on est de gauche”. Et pour encourager son public et sa base électorale communautariste, revenant au contexte international dans lequel il inscrit sa stratégie, il cite l’exemple de la Grande-Bretagne, où le gauchiste Andy Burnham, député travailliste de Manchester, s’apprête à remplacer le centriste Keir Starmer, et où “un certain nombre de camarades marchent vraiment, ironise Mélenchon. Bon on comprend pas bien ce qu’ils disent, la gauche qui est sortie du parti ‘labouriste’, prononce-t-il à la française, mais nous on comprend, les insoumis”. Et de poursuivre : “Et bien voilà que les Verts maintenant en Grande-Bretagne ils parlent clair et net, ils ont dit un truc : ‘le sionisme est un racisme'”. Et de conclure triomphalement : “Ils ont gagné les élections !”. C’était à l’occasion de la législative partielle qui avait eu lieu à Manchester sud le 26 février (8), une circonscription historiquement travailliste. Nous voici donc prévenus de ce que l’on peut attendre de LFI pour la campagne présidentielle.
En vue de laquelle Mélenchon ne ménage pas ses ambitions : “notre réunion est un moment politique fondateur dans la ville de Paris, affirme-t-il. Nous sommes cette force sur laquelle va reposer, à travers cette élection, et puis la suivante, évidemment la suivante, c’est à dire la conquête du pouvoir de l’Etat, l’élection présidentielle de 2027. Nous la préparons en ce moment même, avec les outils de cette campagne, et nous devrons ensuite, dans l’une et l’autre victoire, utiliser toutes les positions que nous aurons conquises pour changer la trajectoire du monde”. Rien que ça. “Parce qu’on a une équipe d’élite pour ce qui concerne les affaires étrangères, on saurait qui aller voir un par un pour dire : ‘Vous venez avec nous faire le front du refus’, et moi je vous parie qu’en quelques jours nous aurions une majorité d’Etats et de nations qui diraient ‘il y en a marre de la guerre des impérialistes. Nous voulons la paix, nous voulons le doit international, et nous marchons avec les Français !'”, soutient-il convaincu, déclenchant à nouveau les hurlements et les applaudissements de la salle. Dont tous ne savent peut-être pas que le label “Front du refus” réfère à celui qui a été créé par le chef du FPLP (Front populaire de libération de la Palestine) – un mouvement terroriste marxisant qui s’alliera avec le Hamas et le Djihad islamique et qui a participé aux massacres du 7 octobre -, Georges Habache, pour refuser tout compromis, contrairement à Yasser Arafat, dirigeant de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine), qui lui a signé les accords d’Oslo avec Israël (9). Nouvelle Perrette au pot au lait, Mélenchon s’emporte alors dans son délire : “Et si vous avez la mairie de Paris, ça veut dire que je sais pas si vous le savez, mais tous les chefs d’Etat du monde qui passent à Paris sont en général reçus à la mairie de Paris, ça veut dire que vous êtes en état de créer des liens avec tout le monde, un peu comme fait en ce moment notre camarade Younous Omarjee, qui est vice-président du parlement européen et qui a cette tâche, et qui à l’heure qu’il est, faisant son travail et dans les mandats qui lui sont confiés, connaît, morceau par morceau un peu tout le monde, et donc, j’en suis sûr, le moment venu il nous donnera toute l’aide dont nous avons besoin”.
Las, comme le lait renversé de Perrette Chikirou ne fait que 11,72 % au premier tour, 7,96 % au second. Adieu donc la mairie de Paris et son rayonnement, où Mélenchon se voyait déjà en compagnie de madame recevoir les chefs d’Etat et les chefs terroristes du monde entier. Mais il obtient un prix de consolation avec l’élection de Bally Bagayoko à la mairie de Saint-Denis, qui ravit son siège au maire sortant socialiste Mathieu Hanotin, contraint de le quitter sous les lazzis de la racaille locale, parmi laquelle les dealers du quartier (10), à qui Bagayoko promet illico de désarmer la police municipale. “Nous sommes tous des enfants de Gaza !”, hurlent alors les Lfistes en claquant des mains dans la salle du conseil, la transformant en enclave extraite du cadre national, réalisant ainsi symboliquement une sécession. Bagayoko, politicien local propulsé sur la scène nationale, où il apparaît inexpérimenté, a alors le mérite de révéler de ce fait au grand jour ce que contient le projet mélenchoniste. Il commence par chasser tous les employés de la mairie qui ne le partagent pas, réalisant ainsi une épuration à petite échelle. Et il refuse l’alternance, déclarant péremptoirement sur LCI, face à Apathie, “Si le Rassemblement national est élu en 2027, le candidat aura une légitimité institutionnelle, mais jamais la légitimité populaire” (11). Maladresse de novice emporté par son manque de pratique du débat contradictoire et un tempérament extrémiste, ou annonce de ce que trament Mélenchon et ses comparses dès le soir du second tour ? C’est à dire la prise du pouvoir par la rue pour avoir échoué à le prendre par les urnes. Car comme son modèle Lénine en 1917, la seule chose qui intéresse Mélenchon en 2027, c’est le pouvoir, au prix de la décapitation de ses adversaires, du chaos et de la guerre civile.
Cette élection lui permet en tout cas de venir parader le 7 juin devant la cathédrale de Saint-Denis, où un meeting est organisé quasiment sur le parvis, plutôt que devant la mairie qui la jouxte. Inspiré par les dépouilles des rois de France qui y reposent, malgré les désacralisations perpétrées par ses ancêtres, Mélenchon y prend la parole, lisant cette fois un discours soigneusement préparé, en commençant par dédier le rassemblement “aux peuples qui résistent à un envahisseur”, comme à Cuba, en Iran et au Liban, et particulièrement “au peuple palestinien invaincu, victime d’une invasion et d’un génocide”, déclenchant les hurlements de la foule relativement nombreuse, conduite ici par cars de tous les coins lfistes de France et de Navarre. Il convoque ensuite l’histoire de France, qui aboutit à LFI et à l’élection de Bagayoko, puis déroule son programme, qui commence par les nationalisations, au profit de “la propriété collective”, dont d’abord celle des “trusts médiano-culturels”, citant Bolloré, mais pas Pigasse. Après avoir dramatisé la situation internationale en déclarant que “décidément, cette élection ne ressemble à aucune autre avant, car les choix qui sont à faire découlent cette fois-ci directement de la fin d’un ordre du monde : après la chute de l’URSS, voici commencée celle de son rival, les États-Unis d’Amérique”. La suite est consacrée à la charge habituelle contre le libéralisme et aux promesses démagogiques d’avant élection : SMIC à 1700 euros, retraite à 60 ans et sécurité sociale généralisée. Avant de revenir au concept de “nouvelle France” qui lui est cher : les changement démographiques intervenus depuis 1958 exigent selon lui une nouvelle constitution, car depuis “tout a changé”.
Et dans un long développement sur ce qu’il appelle la “nouvelle France”, il s’attache à en lisser la dimension communautariste et la charge génocidaire par une description sociologique objective presque banale des évolutions démographiques en cours, pour en arriver à la “formule de Bally : un Français sur trois est héritier de l’immigration”. La foule alors de reprendre le slogan de campagne de LFI, en miroir du RN : “On est chez nous ! On est chez nous !” Mélenchon, qui va jusqu’à se présenter sans rire comme un “maghrébin européen”, évoque alors sans vergogne ses grands-parents, dont l’on sait maintenant qu’ils étaient des colons ordinaires, exploitant les “fellahs” algériens (12). Cette “nouvelle France” aspire selon lui “à plus de contrôle sur les décisions du pouvoir, et ne supporte plus l’autorité confisquée par les puissants du patriarcat et des fortunes”. Il reprend alors un projet élaboré par certains socialistes, dont Arnaud Montebourg – bien que retiré des affaires actuellement son plus virulent critique (13) -, celui de 6ème République, pour mettre fin à “la monarchie présidentielle”. Sous les acclamations il le définit ainsi : “son principe central sera la souveraineté permanente du peuple. Permanente oui, pas seulement le jour de l’élection présidentielle. Cette garantie sera le droit au référendum citoyen, dont le référendum révocatoire permettant de démettre un élu quel qu’il soit, du conseiller municipal au président de la République. Une assemblée constituante réorganisera les pouvoirs publics autour de ce principe”. Un chaos permanent donc. Mais ce n’est pas tout, voici que reviennent les “soviets” de 1917 : “Nous proposerons une nouvelle structure fédératrice de la nation. Partout dans la cité comme dans l’entreprise, une démocratie citoyenne avancée doit être la règle. Le pouvoir communal et ses conseils de quartier sera la base de la nouvelle démocratie française”.
Du Lénine dans le texte, dont l’humanité a déjà fait l’expérience, avec des millions de morts en Russie comme de par le monde. Mais l’histoire ne repasse pas les plats, et il est essentiel que le “projet collectiviste” de Mélenchon, comme il le définit lui-même, ne passe pas. En tout cas, ce discours a le mérite de révéler le danger que représente cet individu. Comme le révèle celui qu’il a prononcé lors d’un rassemblement devant le tribunal judiciaire le 25 juin, en soutien à un militant du groupuscule d’extrême-gauche “Révolution permanente” – issu du NPA trotskiste (Nouveau parti anticapitaliste), lui-même issu de la LCR -, Anasse Kazib, qui devait être jugé ce jour-là pour apologie du terrorisme en lien avec le 7 octobre. A cette occasion, Mélenchon n’a pas hésité à déclarer : “le tout venant qui est assez stupide pour croire ce qui est écrit dans la presse peut croire qu’en effet et bien il y aurait parmi nous des gens qui se réjouiraient du terrorisme, à supposer que les actes dont on parle soient bien du terrorisme, car vous le savez comme moi, la question de la forme de la résistance que l’on oppose à une oppression et à une occupation, quel que soit l’avis que l’on puisse avoir entre nous et chacun pour soi est une affaire qui se discute parce que le droit international sur ce point permet que cela soit discuté” (14). Les “actes dont on parle” sont ceux commis le 7 octobre, perpétrés par les terroristes du Hamas. Et Mélenchon ose dire “à supposer que les actes dont on parle soient bien du terrorisme”, et les ramène à “une forme de résistance”, confirmant ainsi la formulation du communiqué de LFI cité plus haut, selon lequel le 7 octobre constituerait une “offensive armée de forces palestiniennes menée par le Hamas”. Depuis, trois Français survivants du 7 octobre ont porté plainte contre lui pour apologie du terrorisme. C’est donc désormais à la justice de se prononcer.
Frédéric Saillot, le 4 juillet 2026
(1) Julien Dray, “Qui est Mélenchon”, Plon, nov 2024.
(2) https://lafranceinsoumise.fr/2023/10/07/israel-palestine-pour-une-paix-juste-et-durable-stop-a-lescalade-communique/
(3) https://www.marxists.org/francais/harman/1994/00/prophet.htm
(4) https://x.com/erazavi3/status/1802728981969379450
(5) https://www.facebook.com/share/r/1afBK1FK82/
(6) https://www.lefigaro.fr/actualite-france/soumission-a-dieu-quand-jean-luc-melenchon-assume-avoir-change-son-regard-sur-le-voile-islamique-20250629
(7) https://x.com/GinolaFME/status/1974209240257434039?s=20
(8) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/02/27/royaume-uni-les-ecologistes-infligent-une-defaite-au-labour-de-keir-starmer-dans-la-banlieue-de-manchester_6668475_3210.html
(9) https://lediplomate.media/le-front-populaire-de-liberation-de-la-palestine-la-branche-marxiste-de-la-lutte-contre-israel/
(10) https://x.com/Jules_Laurans/status/2072961266247733752?s=20
(11) https://x.com/LCI/status/2053574706557550984?s=20
(12) https://x.com/alainpaulweber/status/2062557042045280405?s=20
(13) https://www.lefigaro.fr/politique/presidentielle-2027-arnaud-montebourg-appelle-a-neutraliser-d-urgence-jean-luc-melenchon-qu-il-qualifie-de-fou-furieux-20260701
(14) https://www.youtube.com/watch?v=zirgLVtOf5I
