La scène est à Pristina. Jambes soigneusement repliées l’une sur l’autre, l’ambassadeur de l’Union européenne Aivo Orav fait face à son public : quatre journalistes de la presse serbe du Kosovo (1). Cette conférence de presse, qualifiée d’interview, a été publiée le samedi 21 mars au soir, soit une semaine après le coup de théâtre du samedi 14 mars, où Peter Sorensen, le représentant spécial de l’UE pour le Dialogue entre Belgrade et Pristina, a annoncé avoir décroché in extremis l’accord du premier ministre Albin Kurti sur le diffèrement de l’entrée en application des lois sur les étrangers et les véhicules (2). Datées respectivement de 2013 et de 2017, elles étaient restées inappliquées, et pour cause, jusqu’à ce que ce dirigeant du parti ethno-nationaliste commodément nommé Vetevendosje (Autodétermination) accède au pouvoir en 2021, entamant une politique de suppression de la relative autonomie des municipalités où les Serbes sont majoritaires. Violant ainsi les accords internationaux, à commencer par la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui avait mis fin au conflit entre l’OTAN et la Serbie en 1999, et qui reste en vigueur.
L’application de cette “loi sur les étrangers” obligeait en effet, à partir du dimanche 15 mars, tous les habitants du Kosovo n’ayant pas de carte d’identité du Kosovo, à déposer un dossier de demande auprès d’une Commission centrale à Pristina, tandis que celle sur les véhicules exigeait que les immatriculations “étrangères”, donc également serbes, ne puissent circuler plus de trois mois au Kosovo sans autorisation, sous peine de confiscation. Nombre de Serbes nés, résidant et travaillant au Kosovo sont en effet enregistrés dans les registres d’état civil des mairies du Kosovo tenues tant bien que mal jusque-là par les Serbes et bénéficient de cartes d’identité serbes. Ils seraient au nombre de 10 à 12 000, auxquels il faut ajouter environ 5000 Serbes travaillant dans les institutions serbes de santé et d’éducation. Ils se seraient donc du jour au lendemain retrouvés étrangers dans leur propre pays, ne bénéficiant plus que d’un permis de séjour temporaires dans l’attente du traitement aléatoire de leur demande, qui n’ouvre à aucun droit, ou de partir, dans une nouvelle vague d’épuration ethnique “légale”.
Grandes étaient donc les inquiétudes sur leur sort et les risques d’incidents majeurs, provoqués par la politique menée avec obstination par Kurti depuis deux ans, interdisant et occupant l’une après l’autre les institutions serbes du Kosovo (3), afin de flatter une opinion dopée à l’ethno-nationalisme albanais, dans un contexte de crise politique et de cycles électoraux à répétition. Le tout avec l’approbation tacite de l’Union européenne, se contentant de mettre en garde Kurti contre toute “action unilatérale”, et à chaque fois après-coup, lui suggérant de réaliser sa prise de contrôle des institutions serbes “dans le cadre du Dialogue facilité par l’UE”, c’est à dire en consultation avec les Serbes, ainsi invités à donner leur accord à la perte de leurs droits. Ce n’est donc que le 14 mars au matin, prenant la mesure du danger, que Bruxelles a dépêché en catastrophe Sorensen à Pristina, pour y mettre Kurti au pas.
Accessoirement le samedi 14 mars au matin, alors que le jour se levait à peine, l’entrée au Kosovo m’était interdite au poste frontière de Jarinje, où l’on m’apprenait que mon nom figurait sur une liste de personnes interdites d’entrée. Il était clair qu’à Pristina ce jour-là l’on ne considérait pas souhaitable la présence d’un journaliste ayant couvert la situation au Kosovo depuis les pogroms de mars 2004, et ayant écrit à ce sujet nombre de reportages (4). L’ambassadeur de France à Pristina, Olivier Guérot, que j’ai informé personnellement par mail de l’incident, s’est du reste contenté, quinze jours après, de me faire répondre par son service consulaire de prendre contact avec le ministère des Affaires étrangères du Kosovo. Ce que j’ai fait sans avoir jusqu’à présent de réponse. C’est dire si l’on souhaite la présence au Kosovo de journalistes indépendants, au mépris de ces “standards européens” que la “Communauté internationale” prétend y implanter depuis 1999, et au premier chef celui de la liberté de la presse.
D’ailleurs quelques jours après, la Plateforme du Conseil de l’Europe pour la sécurité des journalistes a mené une mission d’enquête sur le journalisme au Kosovo, constatant non seulement “que la liberté de la presse s’était dégradée par rapport aux années précédentes”, mais que Kurti justifiait cela (5). Au terme de deux heures d’entretien avec lui, Ricardo Guttierez, secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes, “a déclaré qu’ils avaient demandé à Kurti de condamner les déclarations publiques contre les journalistes, mais qu’il n’avait pas accepté et qu’il justifiait ainsi le climat hostile”. Pire, dans son compte-rendu Guttierez exhibait la duplicité de la politique de Kurti, et le crédit que l’on peut accorder à ses engagements publics : “nous l’avons interrogé à plusieurs reprises sur ses propositions pour améliorer la situation, mais il n’a rien fait, malgré la déclaration officielle qu’il a publiée après la réunion, dans laquelle il affirmait être prêt à coopérer avec nous et à examiner nos propositions. Je peux vous dire que, pendant la réunion, aucune proposition d’amélioration de la situation n’a été formulée”. C’est dire si avec un tel dirigeant le Kosovo répond aux “standards” permettant d’envisager son adhésion au Conseil de l’Europe et à l’Union européenne.
Mais il est élu par un électorat dont l’ethno-nationalisme et la rente victimaire n’ont jamais été pris en compte, quand ils n’ont pas été justifiés et encouragés. La “Communauté internationale” nous a d’ailleurs habitués ces derniers temps à faire avec des gens peu recommandables, comme l’actuel président syrien ou un éventuel candidat à la succession de Khamenei en Iran. C’est dire si les Serbes du Kosovo sont soucieux de savoir quelles garanties le diffèrement de l’application de la loi sur les étrangers leur donne précisément : une réelle possibilité de continuer à vivre au Kosovo ou bien la poursuite à petit feu d’une épuration ethnique “légale”. Car l’accord proclamé par Sorensen et Kurti ne reste qu’un accord oral, comme l’a précisé Orav aux journalistes serbes qui l’ont interviewé avec inquiétude à ce sujet. C’est la raison pour laquelle Tatjana Lazarevic, rédactrice en chef de Kossev, lui demande en ouverture si “le plan du gouvernement du Kosovo d’intégrer les institutions de santé et d’éducation” est “conforme avec l’accord original dans le cadre du Dialogue” mais également, comme Orav l’a déclaré lors d’une conférence de presse juste après la rencontre entre Sorensen et Kurti, si ce plan est “en conformité avec les engagements antérieurs”.
En effet, faisant d’une pierre deux coups, Kurti voudrait profiter de la mise en place de la loi sur les étrangers pour en plus intégrer les dernières institutions autonomes assurant la santé et l’éducation des Serbes au Kosovo. Sujet d’autant plus sensible que les relations entre Serbes et Albanais au Kosovo ne permettent pas d’envisager actuellement des établissements de soins communs, et encore moins ceux concernant l’éducation : comment envisager un programme commun d’histoire du Kosovo, et notamment d’histoire récente concernant la campagne de bombardements de l’OTAN en 1999, commémorés différemment le 24 mars par les deux communautés, et les pogroms de 2004, objets d’une campagne révisionniste dans les médias et dans les déclarations politiques du côté albanais, à l’occasion des commémorations récentes de ces événements 22 ans après ?
Rappelons que ces “engagements antérieurs” concernent, suite à la proclamation unilatérale d’indépendance du Kosovo en 2008, l’accord de Bruxelles du 19 avril 2013, signé par les premiers ministres serbe Ivica Dacic et albanais Hashim Thaci, sous la médiation de la haute représentante de l’UE, Catherine Ashton. Cet accord prévoyait notamment la création d’une Association des municipalités à majorité serbe du Kosovo (AMMS, ZSO en serbe, ASMM en anglais), au nombre de dix, en contrepartie duquel la Serbie normaliserait ses relation avec le Kosovo, tout en ne le reconnaissant pas comme Etat souverain. L’accord prévoyait en outre l’intégration des municipalités à majorité serbe au Kosovo-Nord dans le système juridique du Kosovo, avec pour garantie le fait que les Serbes du Kosovo doivent être la majorité dans certains groupes judiciaires et que le commandant régional de la police des zones à majorité serbe doit être un Serbe du Kosovo. En contrepartie de cet accord, le processus d’adhésion de la Serbie et du Kosovo à l’Union européenne fut alors engagé et le Kosovo et la Serbie convinrent d’un Dialogue facilité par l’Union européenne (UE), actuellement chapeauté par le diplomate danois Peter Sorensen. Cependant cet accord ne fut jamais réalisé, notamment en ce qui concerne la création de l’AMMS, à laquelle Kurti a dit et répété qu’il était opposé, allant jusqu’à provoquer à ce sujet une bagarre, fumigènes à l’appui, au parlement de Pristina en 2015, avec ses comparses de Vetevendosje, notamment Xhelal Sveçla, actuel ministre de l’Intérieur, et Aljbuljena Hadžiju, actuellement présidente par intérim du Kosovo. C’est dire si l’UE a affaire à une équipe fiable et prête au compromis.
Bien au contraire une très grave crise fut engagée à l’été 2022, provoquée par la volonté de Kurti de déjà mettre en place la loi sur les véhicules, conduisant à la démission des maires et des fonctionnaires des municipalités du Nord Kosovo, majoritairement serbe. Il a alors fait procéder à l’élection de maires albanais fantoches, élus avec à peine 3,5 % des électeurs inscrits en avril 2023, qui ont alors entrepris ce qu’il faut bien qualifier d’albanisation à marche forcée du Kosovo Nord. De très graves incidents ont alors eu lieu à l’occasion de l’installation de ces maires fantoches, notamment à Zvecan, où des cas de torture contre des manifestants détenus par des forces spéciales albanaises, occupant illégalement les locaux de la mairie, ont été documentés. L’UE ne pouvant pas ne pas réagir, a alors pris des sanctions contre Pristina, gelant les fonds destinés au Kosovo dans le cadre du processus d’adhésion. Au mois de septembre suivant, une attaque rocambolesque eut alors lieu à proximité du village de Banjska, au nord du Kosovo : sous la direction d’un personnage à la jonction de nombre de schémas mafieux aussi bien serbes qu’albanais, Milan Radoicic, par ailleurs vice-président du parti serbe majoritaire Srpska Lista, un commando armé a été intercepté par une unité de la police albanaise en embuscade, en compagnie de forces spéciales et peut-être de la KFOR (Kosovo Force de l’OTAN, aux termes de la 1244), dans des circonstances peu claires. Qui n’ont pas été éclaircies depuis, Radoicic, qui a publiquement reconnu la responsabilité de l’attaque, ayant trouvé refuge en Serbie.
C’est dans ce contexte mouvementé qu’a été établi l’accord d’Ohrid, toujours sous la médiation de l’UE, portant sur la normalisation des relations diplomatiques entre le Kosovo et la Serbie “accepté verbalement” le 27 février 2023 par le président serbe Vucic et le premier ministre albanais Kurti, accord dans lequel il ne s’agissait plus pour le gouvernement du Kosovo que de “s’engager à garantir un niveau approprié d’autogestion à la communauté serbe du Kosovo”, en contrepartie de la reconnaissance mutuelle de “l’indépendance des deux parties” et de l’engagement de la Serbie à ne pas s’opposer “à l’adhésion du Kosovo à une quelconque adhésion internationale”. Ce plan, non signé par les parties, mais proclamé contraignant par le ministre des Affaires étrangères de la Commission européenne de l’époque José Borrel, est connu comme “le plan franco-allemand”, pour avoir été concocté par des diplomates français et allemands “en poste dans la région”, sur le modèle de la réunification allemande après la guerre froide. Ce qui paraît absurde tant ce modèle de réunification concernait deux parties culturellement, linguistiquement, religieusement et ethniquement homogènes, ce qui n’est pas le cas des Serbes et des Albanais. Si bien que pas plus que l’accord de Bruxelles de 2013, celui d’Ohrid en 2023 n’a connu de début d’application, bien qu’un projet de statut pour une Association des municipalités de majorité serbe au Kosovo ait été présenté par l’UE le 26 octobre 2023. Et à ce jour le Kosovo n’a toujours pas entrepris la création de cette Association, bien qu’un projet de loi à présenter à la Cour constitutionnelle ait été “annoncé” en mai 2024.
Ce rappel historique fait, revenons à l’interview d’Orav par la presse serbe : à la question posée par Tatjana Lazarevic sur les engagements antérieurs de 2013 et 2023, qui n’ont pas été tenus, il répond par l’accord du 14 mars 2026 entre Sorensen et Kurti, dont il “espère vivement qu’il restera une date dans l’histoire du Kosovo, parce que je crois que ça a été une grande réussite” et parce qu’il a été salué par tout le monde “à commencer par le gouvernement” du Kosovo. “Nous avons appris, que la communauté serbe en est, peut-être pas heureuse, ce n’est pas le terme, ajoute-t-il dans un langage très diplomatique, mais elle l’accepte, et aussi Belgrade”. Qu’on pourrait traduire par “à contre-coeur”, parce qu’elle “n’a pas le choix”. Orav en vient alors à répondre plus précisément à la question de Lazarevic : “Oui, le représentant spécial de l’Union européenne (RSUE) Peter Sorensen a fait une déclaration en référence aux plans du premier ministre Kurti concernant l’intégration des “infrastructures parallèles de santé et d’éducation”, il a également mentionné qu’il ne devrait pas avoir d’interruption des services au cas où cela débuterait car cela prendrait du temps, ajoutant que “la communauté serbe devait être consultée, et que cela devrait être entrepris très étroitement avec le RSUE Sorensen, c’est à dire dans le cadre du Dialogue”. Autrement dit le parachèvement de la prise de contrôle des Serbes du Kosovo et de leurs institutions par Kurti reçoit le blanc-seing de l’Union européenne, au mépris des accords passés sous sa responsabilité, et au mépris de la résolution 1244 de l’ONU qui maintient la souveraineté de la Serbie sur sa province méridionale et recommande la création “d’institutions d’auto-administration démocratiques” (6).
Observons qu’Orav utilise ici l’élément de langage des “institutions parallèles serbes”, qui dans la novlangue des internationaux engagés dans le processus de mise en place des institutions du Kosovo après les bombardements, se trouvèrent confrontés à celles existantes dans le cadre de la Serbie, qui continuèrent à fonctionner pour assurer la vie quotidienne des Serbes du Kosovo, conformément à la 1244. Ce qui posa un problème à ces fonctionnaires internationaux soudain confrontés à une société “multiethnique” dont ils ignoraient tout, à commencer par le terme commode “multiethnique”, entendu souvent dans le sens très carte postale des Balkans bigarrés qu’il conviendrait de formater à l’aune des Etats ouest-européens, dont tous les citoyens vivent tous dans l’égalité, quelles que soient leurs origines, et jouissent des mêmes droits. Surtout de la part des fonctionnaires français, incapables de sortir du cadre mental de la centralisation jacobine où l’on se targue d’avoir puni les élèves parlant breton dans les cours de récréation. Bref, ces braves internationaux, confrontés à la réalité complexe du Kosovo post-bombardements, se mirent à dénoncer dans leurs rapports publics ces dites “institutions parallèles”, en en dressant une liste. Scrupuleusement suivie par les émeutiers qui les détruisirent systématiquement lors des pogroms des 17 et 18 mars 2004, comme à Kosovo Polje, la banlieue de Pristina, où les Serbes étaient restés majoritaires après avoir été chassés de Pristina lors de l’entrée de l’OTAN au Kosovo (7). Tout le travail de Kurti depuis qu’il a pris le pouvoir au Kosovo, ainsi avalisé par Orav, est donc de parachever la destruction, par des moyens “légaux”, de ce que les pogromistes de 2004 n’avaient pas réussi à détruire et à réduire en cendres en mars 2004.
Lazarevic l’interroge alors sur le processus conduisant à l’accord du 14 mars, survenu la veille de l’entrée en application de la loi sur les étrangers. Orav dément qu’il puisse s’agir d’un coup de théâtre, face aux graves risques de déstabilisation que sa mise en oeuvre risquait de provoquer, doublée d’une prise de contrôle des institutions de santé et d’éducation, dont l’université de Pristina basée à Mitrovica Nord. C’est selon lui le fruit de rencontres régulières entre “des experts du gouvernement et des experts des ambassades du Quint (France, Allemagne, Italie, Royaume-Uni, Etats-Unis)”, après que l’entrée en application de cette loi au 15 janvier dernier ait été différée une première fois, face au tollé des Serbes. Réunions auxquelles Belgrade n’a pas été conviée, car, martèle-t-il “il s’agit de la loi du Kosovo, et nous Union européenne nous n’allons pas jouer les patrons pour dire comment les choses doivent être réalisées parce que les lois sont adoptées, elles doivent donc être appliquées”. Autrement dit, le tournant historique opéré par l’entrée en application de cette loi, tel que le proclame Orav, écarte Belgrade des discussions concernant et les institutions du Kosovo et le sort des Serbes du Kosovo, en l’absence des garanties qui auraient pu être fixées par un accord écrit signé par toutes les parties. Cependant Orav ajoute que “le RSUE pour le Dialogue Sorensen a entamé des pourparlers à Belgrade et s’est entretenu avec ses homologues, tandis que j’étais personnellement en contact avec les dirigeants politiques serbes de Kosovo ici, et je les informais de ce qui pourrait se produire le 14 mars”. Ce qui confirme les Serbes du Kosovo et les petits partis d’opposition dans leur certitude que Belgrade et le parti serbe du Kosovo majoritaire de la Srpska Lista (Liste serbe), qui gère toutes aides en provenance de Belgrade ainsi que les emplois dans les institutions serbes, les ont trahi pour un accord secret entre Belgrade, Pristina et Bruxelles, ainsi que Washington, les plaçant dans un état de grande insécurité, abandonnés de tous.
Car qu’en est-il de cet accord oral passé entre Kurti et Sorensen le 14 mars ? En premier lieu “l’UE demande au Kosovo d’autoriser l’utilisation des cartes d’identité délivrées par la Serbie au plus tard le 15 mars 2026 pour les personnes résidant au Kosovo, comme moyen d’identification pour les démarches administratives. Parallèlement, le gouvernement du Kosovo devra inscrire les personnes éligibles au Registre central de l’état civil du Kosovo, conformément à la législation kosovare et en fonction de leur état civil dans un délai de trois mois” à compter du 15 mars (8). D’autre part, les Serbes travaillant dans les institutions de santé et d’éducation serbes du Kosovo, considérées non seulement comme “parallèles” par le gouvernement du Kosovo mais comme “illégales”, ainsi que les étudiants inscrits à l’Université de Pristina située à Mitrovica Nord, pourront recevoir un “permis de séjour” pour une période de douze mois, ce qui permettrait de ne pas interrompre le service procuré par ces institutions au cours du processus de leur intégration au système du Kosovo. Mais, ajoute Orav, “il est important de noter que le gouvernement du Kosovo recevra une liste de ces gens qui travaillent dans ces institutions de façon à obtenir les éléments nécessaires à la délivrance des permis de séjour”.
Et il confirme que “cet accord n’a fait l’objet d’aucune formulation écrite : le premier ministre Kurti a lu la déclaration convenue précédemment et Peter Sorensen a lu une autre déclaration également convenue précédemment. Ainsi, mon bureau et celui de Sorensen ont travaillé comme des instances diplomatiques, certes de manière discrète, mais il est important que cela aboutisse pour que les politiques puissent annoncer publiquement l’accord”. Un accord secret négocié en coulisse n’offrant donc aucune garantie, étant donnée l’opposition politique et idéologique de Kurti à tout compromis concernant une autonomie accordée aux Serbes du Kosovo, dont il souhaite le départ ou l’intégration forcée dans un Kosovo majoritairement albanais. Car Orav a beau se targuer du fait que “cet accord a été annoncé oralement face aux caméras, ce qui constitue une garantie”, l’histoire des précédents accords, écrits eux, et signé pour ce qui concerne l’accord de Bruxelles de 2013, ne permet pas d’envisager l’avenir avec cette “confiance” qui selon lui en serait le ciment.
Et face aux inquiétudes manifestées par les journalistes serbes qui l’interrogent quand à la fiabilité des engaments de Kurti, prenant l’exemple de jeunes Serbes du Kosovo qui se sont vus refuser les cartes d’identité du Kosovo, Orav prétend : “dans mon équipe il y a une équipe chargée de la liberté de mouvement, et elle est prête à observer et surveiller cela”. Et reconnaissant qu’au cours des “deux années de la mise en place progressive de la loi sur les étrangers, nous avons constaté des réponses confuses ou l’absence de réponse aux demandes ou des rejets sans explication”, il promet une meilleure lisibilité du processus “créé actuellement au niveau des experts et suite aux rencontres entre le premier ministre et les ambassadeurs” du Quint en poste à Pristina. Observons cependant que sur le site du Bureau du représentant spécial de l’Union européenne au Kosovo l’on ne trouve nulle mention de cette “équipe chargée de la liberté de mouvement”. Une réalité pourtant du Kosovo, où les Serbes en sont privés depuis 1999, ce qui est nié par les internationaux, et ce dont Orav ne paraît pas au courant.
A la question de Goran Avramovic, rédacteur en chef de Kim Radio : “pourquoi les Serbes continuent-ils à ne pas vivre dans les villes du Kosovo un quart de siècle après la fin de la guerre, avez vous discuté du retour des Serbes dans les quartiers de villes avec vos homologues ?”, il répond : “je pense que c’est plus le problème des Serbes eux-mêmes et pas tant celui de l’Union européenne. S’il y a la volonté de vivre dans d’autres endroits, l’initiative devrait leur revenir”. Mais il reconnaît que “cette question n’a quasiment jamais été abordée durant mes 19 mois ici, ni même évoqué le fait que l’UE doive s’en occuper. Donc si vous me dites que nous devons intervenir quelque part, oui, nous devons examiner la question”. Un engagement essentiel, alors qu’il est sur le départ, ne s’étant jamais rendu compte au cours de ses dix-neuf mois au Kosovo que les Serbes vivaient depuis la fin de la guerre dans de véritables ghettos, qui se sont davantage rétrécis lors des pogroms de mars 2004. A titre d’exemple, alors que Kurti multiplie ses incursions provocatrices à Mitrovica Nord, il convient de rappeler que la ville de Mitrovica, Nord et Sud confondus, était peuplée avant guerre de plus de 50 000 habitants, environ pour moitié albanais et pour moitié serbes. Ces derniers résidaient notamment dans des quartiers de Mitrovica Sud, et ce depuis la domination ottomane, dont ils ont été chassés en juin 1999 m’a appris une ancienne résidente, dont la maison a été volée par un terroriste de l’UCK. Il restait encore cependant nombre de Serbes à Mitrovica-Sud avant les pogroms de mars 2004, qui les en ont été chassés jusqu’au dernier. Ne reste plus actuellement que le pope de l’église qui avait alors été brûlée, sous protection policière. Selon cette résidente, réfugiée depuis au Nord, il s’agit d’un génocide. Je conseille d’ailleurs aux internationaux qui souhaiteraient en apprendre davantage sur le sens du mot “multiethnique” au Kosovo, de visiter le cimetière serbe orthodoxe dépendant de l’église de Mitrovica-Sud, pour constater l’état dans lequel il se trouve, ainsi que celui de nombre d’autres cimetières serbes orthodoxes au Kosovo.
Concernant l’entrée en application de la loi sur les étrangers au 15 mars, un Threads en date du 1er avril a dénoncé la situation rencontrée par les Serbes : “Je ne sais pas si l’un d’entre nous s’attendait véritablement à ce que les autorités de Pristina, pourtant très compréhensives envers les citoyens serbes, proposent une intégration au système kosovar sans difficulté, commence-t-il ironiquement. Le délai de 90 jours est respecté, malgré un retard initial qui ne sera pas comptabilisé. Il est vrai qu’à ce jour, les personnes chargées de l’enregistrement des citoyens serbes au registre d’état civil du Kosovo n’ont pas encore reçu toutes les instructions nécessaires et n’ont pris leurs fonctions qu’au 23 mars, soit avec une semaine de retard. Une chose est sûre : l’inscription ne peut pas se faire avec uniquement une carte d’identité serbe et un acte de naissance, comme l’ont prétendu Orav, Petersen et Kurti dans leurs déclarations du 14 mars. D’un cas à l’autre, d’une commune à l’autre, on vous demandera des détails superflus, et des documents qui n’avaient pas été prévus au départ. Outre cela, préparez-vous à payer des frais pouvant atteindre 200 euros selon votre appartenance à la communauté serbe née au Kosovo-Metohija, en Serbie ou dans un autre pays, alors que le salaire moyen est de 300 à 400 euros. La conclusion est sans appel : il y a un fossé énorme entre les paroles et les actes. Le résultat sera exactement celui escompté : une diminution du nombre de Serbes au Kosovo-Metohija”. Et “n’oubliez pas non plus que posséder une carte d’identité et un titre de séjour, ce n’est pas la même chose. Nous savons ce que cela implique”, est-il ajouté en guise d’avertissement.
J’ai interrogé l’auteur de ce Thread. En effet selon lui un titre de séjour délivré dans l’attente du traitement du dossier n’ouvre à aucun droit, et il est soumis à un renouvellement chaque année, dont il faut faire la demande à la Commission centrale de Pristina un mois avant expiration, laquelle dispose de 180 jours pour donner sa réponse. Entre-temps le demandeur sans titre de séjour est tenu de quitter le territoire du Kosovo. Et face aux difficultés rencontrées dans la constitution du dossier de demande, il faudrait s’attendre à ce que 95% des demandeurs des papiers d’identité du Kosovo soient refusés par le Commission centrale, dont on ne sait pas par qui elle est composée, mais “probablement par une majorité d’Albanais”. En ce qui concerne le dossier lui même, selon le document établi par la Commission centrale, il comporte 19 informations à fournir par le demandeur, dont l’identité des parents, leur date et lieu de naissance, l’emploi du demandeur, sa précédente nationalité, son actuelle résidence et la précédente à l’étranger, s’il a servi dans l’armée et laquelle, s’il est marié de fournir un certificat de mariage, ce qui pose problème aux couples pacsés, l’identité de l’épouse, des enfants concernés, et enfin si un membre de la famille du demandeur a un parent employé dans l’administration du Kosovo ou “ailleurs”.
A quoi il faut ajouter les exigences des délégation de cette Commission centrale dans les mairies où sont déposées les demandes, très différentes d’une mairie à l’autre. A Zubin Potok, l’une des municipalités à majorité serbe du Nord, il est demandé par exemple la copie des cartes d’identité du Kosovo des deux parents, ce qui exclu les demandeurs dont l’un des deux parents ne la possède pas, ainsi que 14 autres documents, dont un extrait de casier judiciaire vierge exclusivement délivré par un tribunal du Kosovo. A la mairie de Zvecan, également au Nord, 6 documents sont demandés, dont un extrait de compte bancaire et une attestation de propriété. Or un postulant à la nationalité du Kosovo ne peut ouvrir un compte dans une banque du Kosovo tant qu’il n’a pas la nationalité, et un extrait de compte bancaire d’une banque serbe n’est pas valable. De la même façon un propriétaire qui l’est en vertu d’un titre serbe, n’est pas inscrit au cadastre de l’administration de Pristina, et se verra donc refuser sa demande. Ce qui au passage permet toutes les manipulations et les vols de propriété, comme cela sa produit à grande échelle dans le Kosovo central, dans la municipalité serbe de Gracanica, afin d’en chasser, “légalement” là encore, les Serbes. Mais ce sont pour les mineurs que les difficultés s’accumulent, expliquant les refus dont fait état Avramovic : même si vos parents sont citoyens du Kosovo il faut prouver que vous êtes né au Kosovo et fournir une série d’attestations comme le livret scolaire, le certificat de vaccination etc. Et de surcroît, il faut que le demandeur signe une déclaration sur l’honneur s’engageant à respecter “l’ordre légal et constitutionnel du Kosovo”. Ce qui l’expose à la déchéance de la nationalité serbe, car la Constitution de la Serbie dispose que le Kosovo est partie intégrante de l’Etat serbe, ce qui est confirmé par la résolution 1244. La solution de la double nationalité pour les Serbes du Kosovo, généralement admise dans l’Union européenne, est donc exclue, ce qui les place dans une situation impossible. Ce qui atteste une fois de plus la volonté sournoise de Kurti et de son gouvernement de les inciter au départ, réalisant ainsi une épuration ethnique “légale” et “volontaire”.
Il pourrait cependant y avoir une solution évoquée ça et là : la prise en charge de l’intégration des Serbes du Kosovo et de leurs institutions de santé et d’éducation par l’AMMS : l’Association des municipalités à majorité serbe, au nombre de quatre au Nord et de six dans le reste du Kosovo. Lors de l’interview d’Orav, Darko Dimitrijevic, rédacteur en chef de Radio Gorazdevac, lui demande si cette intégration “est conditionnée à la création de l’AMMS, qui pourrait constituer le cadre de leur intégration”. Orav avait précédemment reconnu que la création de l’ASMM proposée par l’UE avait été “mise de côté”, et qu'”en fait elle n’avait pas été soumise à la Cour constitutionnelle”, ajoutant de façon alambiquée que “le Dialogue conduit par le représentant spécial de l’UE Sorensen signifie le dialogue, et signifie également l’AMMS, qu’elle advienne tôt ou tard, mais elle n’a pas disparu”. Il confirme ici “qu’elle n’a pas disparu, mais qu’il s’agit d’une “question à poser à mon bon collègue le RSUE Sorensen, qui devrait s’en occuper et régler ce problème”. Orav n’est en effet déjà plus au Kosovo, et pour l’heure l’on ne sait pas qui va lui succéder dans la noria des internationaux qui ne prennent pas le temps de se rendre véritablement compte de la situation, notamment celle des Serbes, des Roms et des Goranis, et qui sont en conséquence d’autant plus crédules à ce que peut leur raconter Kurti et ses collaborateurs. Sorensen, qui avait été nommé pour 13 mois au poste de Représentant spécial de l’Union européenne pour le Dialogue en février 2025, a vu son mandat prolongé de deux ans en février 2026. Prendra-t-il le temps de s’informer sur les réalités du terrain et de saisir le taureau par les cornes comme il semble vouloir en donner l’impression depuis le 14 mars ?
Ce qui devrait passer par un véritable contrôle de l’UE sur le processus de traitement des demandes commencé avec retard vers la fin mars. Car ayant pris contact avec le bureau du haut représentant de l’UE au Kosovo, je n’ai pu recevoir aucune information sur le prétendu “monitoring par notre équipe sur la liberté de mouvement” avancé par l’ex-haut représentant de l’UE Orav. Un “monitoring” qui est cependant assuré par l’ONG CASA (Center for Affirmative Social Actions) de Mitrovica Nord, dirigée par Miodrag Marinkovic. Trois semaines après l’entrée en application de la loi sur les étrangers, cette ONG a publié sur son site un premier rapport de monitoring en date du 9 avril (10). Constatant une série de problèmes, ou plus exactement de “défis” (challenges), sur les plans technique et légal, qui confirment ce que relevait l’auteur du Thread précité, il fait une série de recommandations pour une meilleure application de la loi. Notamment l’uniformisation des procédures et “la reconnaissance des documents de la MINUK et de la Serbie sans certification supplémentaire”. La MINUK, Mission d’administration Intérimaire au Kosovo, toujours active au Kosovo, avait en effet délivré des cartes d’identité ainsi que le Département de la police de la région de Mitrovica pour les municipalités de Mitrovica, Zvecan, Zubin Potok, Leposavic, Srbica (Skenderaj) et Vucitrn (Vushtri), qui se trouve actuellement à Raska, Leskovac et Nis. La “certification supplémentaire” était l’exigence de faire certifier ces documents par des notaires albanais, ce qui impliquait des délais et des coûts supplémentaires. Enfin l’ONG recommande l’utilisation de “formulaires standardisés” d’une mairie à l’autre, “afin de réduire les pratiques arbitraires et les interprétations divergentes”, et l'”augmentation des effectifs ou la mise en place d’équipes temporaires afin de réduire l’encombrement et les retards”.
On le voit, cette ONG cherche à améliorer par son monitoring l’application de la loi sur les étrangers. Certains Serbes au Kosovo pensent d’ailleurs que leur intégration aux institutions du Kosovo leur permettrait de mieux défendre les intérêts de leur communauté et de peser davantage dans les décisions prises sur le plan général. L’avenir nous dira prochainement ce qu’il en est du statut des 17 000 Serbes concernés par la nécessité de faire la demande de carte d’identité du Kosovo ou d’avoir à renouveler des permis de séjour temporaires, dont l’auteur du Thread prévoit qu’ils seront déboutés à 95%, et contraints au départ. Le fait est que selon lui nombreux sont déjà partis, ce qui se remarque dans les inscriptions des enfants à l’école primaire, avec une diminution cette année de 30 à 40% d’élèves qui vont être scolarisés en Serbie. Le fait est que l’état de l’opinion albanaise ne permet pas d’envisager un futur radieux pour la société “multiethnique” albanaise. Il suffit, outre les provocations populistes du premier ministre Kurti, d’observer le nombre d’actes de persécution quotidiens subis par la communauté serbe du Kosovo pour se rendre compte que sans garanties légales, et notamment la création de l’AMMS, sa survie à terme est menacée.
A cet égard, il est significatif que jusque dans le quotidien albanais Koha, prétendument libéral, une attaque ait été ouvertement conduite contre les droits des Serbes du Kosovo, et notamment leur droit à l’information. Et cette attaque n’a pas été menée par n’importe qui, mais par la rédactrice en chef du journal, Brikenda Rexhepi, qui s’est adressée dans une lettre ouverte à la cheffe du Bureau du haut représentant de l’UE, Eva Palatova, qui fait fonction de haute représentante depuis le départ d’Orav. De quoi s’agit-il ? Orav a en effet accordé deux interviews publiés le 21 mars, l’un à la presse serbe, cité précédemment, l’autre à la presse albanaise. Et voici ce que Rexhepi, toute honte bue, ose écrire, faisant état de sa “préoccupation, reflétant l’approche de l’UE à l’égard du Kosovo. L’idée d’organiser une interview de groupe spéciale pour les médias en langue serbe est problématique. Elle penche davantage vers la division ethnique que vers la coopération au sein d’un même pays, d’autant plus que les réponses de l’ambassadeur ont été données en anglais et ont traité de questions d’intérêt pour tous les citoyens du Kosovo. Au contraire, nous considérons les citoyens du Kosovo comme un seul public”. On a là résumée en quelques mots toute la stratégie duplice de purification ethnique “légale” conduite par Kurti : les Serbes n’ont qu’à se fondre dans la majorité albanaise, jusqu’à perdre leur identité, ce qu’implique l’exigence absurde d’une conférence de presse en une seule langue, albanaise, exigée par cette journaliste qui oublie au passage les trois langues officielles du Kosovo. Cette négation de la réalité multiculturelle, multi-linguistique et multiethnique de la population du Kosovo, et des intérêts particuliers que cela implique, au prétexte qu’il constituerait une “division ethnique”, est en effet d’essence génocidaire. C’est au contraire la reconnaissance de la diversité de la population du Kosovo qui ouvrirait la possibilité d’une communauté de citoyens égaux en droit. Mais est-ce bien le but et de Kurti et de cette “journaliste” ?
Frédéric Saillot, le 10 avril 2026
(1) https://www.youtube.com/watch?v=7fIWB5I6jcM&t=417s
(2) Loi sur les étrangers No. 04/L- 219 du 31 Juillet 2013
et Loi sur les véhicules N°05/L-132 du 18 avril 2017
(3) Voir mes articles : https://www.eurasiexpress.fr/le-kosovo-vingt-ans-apres/
https://www.eurasiexpress.fr/leuro-na-pas-cours-legal-au-kosovo/
https://www.eurasiexpress.fr/lunion-europeenne-au-defi-du-premier-ministre-du-kosovo/
https://www.eurasiexpress.fr/le-ghetto-serbe-du-kosovo/
https://www.eurasiexpress.fr/la-police-albanaise-du-kosovo-prise-en-flagrant-delit-de-mensonge/
Voir également mon livre : “La Fin de la Yougoslavie”, éditions de L’Artilleur, novembre 2025.
(4) D’abord pour le mensuel Balkans-Infos et à partir de 2014 pour le site Eurasie Express : www.eurasiexpress.fr
(5) https://reporteri.net/fr/nouvelles/La-mission-d%27enqu%C3%AAte-de-la-plateforme–men%C3%A9e-suite-%C3%A0-la-rencontre-avec-Kurti–a-justifi%C3%A9-le-climat-hostile-envers-les-journalistes./
(6) https://docs.un.org/fr/s/res/1244(1999)
(7) Voir mon article “La reconstruction ‘potemkine’ de Kosovo-Polje”, Balkans-Infos n° 103, octobre 2005.
(8) https://www.eeas.europa.eu/delegations/kosovo/transcript-eusr-dialogue-s%C3%B8rensen%E2%80%99s-press-remarks_en?s=321
(9)
https://www.threads.com/@vanja75007/post/DWtUob0iO6a?xmt=AQF07Vw0BUmfYC8DnrY53EG5v6Fgi_dTgSCpdcbeLh–ixKRbDyuR5O2u3qRgPbLqGeBdBMi&slof=1
(10) https://ngocasa.org/
(11) https://www.koha.net/editorial/koha-sqaron-formatin-e-intervistes-me-ambasadorit-orav
